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17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 11:46

 

 

Aujourd’hui, quelques mots sur Rudra, un dieu très ancien qu’on utilise beaucoup en yoga thérapeutique, soit pour conserver la santé, soit pour la restaurer si une maladie survient. On comprendra mieux à la lecture de cet article pourquoi,  dans la tradition tantrique, ce dieu est dévolu à la santé. Bien sûr, on ne «  croit » pas aux dieux, dans ces pratiques de yoga, mais c’est ici toute la symbolique qui est utilisée, car les trois «  koshas » en yoga sont parcourus par des courants d’énergie qu’on peut harmoniser.

 

Il semblerait que Rudra  soit une forme très ancienne de Shiva qui au fil du temps va complètement le «  digérer » au point de le faire disparaître. Pourtant, c’est bien lui qui opère dans les protocoles de yoga thérapeutique. Cela se passe sur un plan symbolique dans lequel l’imagination a une très grande place.

 

L’étymologie du nom est compliquée car la racine sanskrite est très incertaine qui va de « rud » à «  raud » en passant par «  rukh », signifiant tour à tour pleurer, hurler, ou rouge, brillant. Ce dieu est fréquemment mentionné dans le rig veda, l’un des quatre grands vedas, texte «  fondateur » révélé par la Sruti, c'est-à-dire par l’audition, environ 1500 ans avant notre ère. Ainsi, Rudra signifierait le «  hurlant », le «  terrifiant », le «  rugissant » ce qui s’explique aisément car ce dieu est craint des rishis (sages) eux-mêmes.

Mais il y a une foule d’autres explications étymologiques ; je ne vous ai donné que les plus courantes, c’est dire que Rudra ne se laisse pas si facilement définir !

 

 

Comme pour les épithètes homériques qui accompagnent les dieux grecs tels que  « Athéna aux yeux de chouette » ou «  l’aurore aux doigts de rose », Rudra en possède lui aussi de très nombreux ; en voici quelques uns commentés :

  • « l’archet aux mille yeux » Archet, (sarva). Pourquoi l’archet ? Les sanskritistes expliquent que «  sarva », la flèche, peut être prise sur le sens symbolique car elle apporte la mort au «  pashu » au bétail, c'est-à-dire aux humains.
  • On le désigne aussi comme «  celui aux cheveux emmêlés », c'est-à-dire qui garde une nature indomptable, sauvage.
  • Il est aussi le gardien du troupeau, pashupati,  le pashu (bétail)  étant le pauvre mortel pris dans la ronde sans fin des incarnations ; Rudra en est le «  pati », le gardien.

 

Quant à  ses mille yeux, ceux-ci sont terrifiants car ils peuvent foudroyer sur place quiconque le défie. On retrouvera cette particularité plus tard dans le 3ème œil de Shiva qui peut même anéantir l’univers.

Rudra est associé au feu et il semblerait qu’il ait fini par éclipser Agni lui-même, l’ancien dieu du feu,  ce qui va avec l'étymologie qui signifierait rouge ou brillant.

 

Comme ce dieu est terrifiant, qui apporte la maladie mais aussi la guérison, et que de plus, il est un dieu indomptable, très vite on a tenté de l’adoucir en le désignant parfois comme « Shiva » qui signifie de bonne augure. C'est pourquoi dans le Rig Veda, on trouve Shiva pour désigner Rudra lui-même.  On dit de Rudra qu’il a le pouvoir d’apporter la maladie mais aussi de guérir. En lui sont donc la maladie et son remède.

 

 

Rudra associé au mot œil  aksha donne  Rudraksha, c'est-à-dire : œil de rudra. Ce terme désigne une graine de pin de l’Himalaya, dont on fait les rosaires.  Utilisés seuls, ces rudraksha ont la réputation d’être bénéfiques et on les utilise beaucoup en yoga thérapeutique.

 

Rudra joue d’ailleurs un rôle essentiel en yoga thérapeutique ; c’est l’homme-médecin qui réside dans Manipura, le cakra du feu, centre qui permet de conserver santé et vitalité en diffusant une énergie purifée à la structure énergétique. Si la maladie survient, on va activer ses propres processus de guérison via Rudra qu’on représente ni vieux-ni jeune, couvert de cendre, avec trois yeux rouges, comme des braises, car celui-ci donne  la force de se guérir soi-même. C’est la toute la symbolique de yoga thérapeutique qui explique qu’on porte en soi ses propres remèdes. Bien sûr, les protocoles thérapeutiques ne se font pas d’un coup de baguette magique… et bien sûr, tout ceci est à comprendre sur le plan « énergétique », «  symbolique ».

 

Au fur et à mesure que Rudra a décliné dans le panthéon indien, Shiva a intégré la plupart  des pouvoirs de Rudra,  comme son 3ème œil qui peut embraser sur place qui le défie dont je parlais plus haut. Etant donné que l'adjectif Shiva veut dire " de bonne augure", on comprend mieux pourquoi ce dieu a deux visages, l'un particulièrement terrifiant et destructeur.

 

 Malgré tout, en yoga thérapeutique, on conserve bien la distinction entre  Rudra et Shiva, et c’est à travers l'énergie guérisseuse et très puissante de Rudra qu'on opère la guérison, même si Rudra au fond, est l’une des énergies de Shiva.

 

 

 

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 10:27

 

 

Qui est Mahakala ?

 

Mahākāla est un ce qu’on appelle en sanskrit un bahuvrihi qui est analysé de plusieurs façons différentes ; voici la première proposition

1) Il serait composé de mahā "grand " et kāla "fragment de temps ", dont le nom signifierait littéralement «  grand temps » avec l’idée que ce temps est si «  vaste » qu’il est infini et le dépasse ou bien se trouve comme en dehors de lui.

Kāla काल, en sanskrit est un espace de temps, une fragmentation de temps et aussi une unité de temps qui corresponde à 144 secondes. 

2) La deuxième proposition est que son nom serait composé de Mahâ dont le sens ne change pas, mais cette fois-ci kâla  signifie « noir ».  Il devient en quelque sorte un proche parent de Kali la parèdre de Shiva, dite déesse noire (le I est féminin et le A est masculin) qui porte une couronne de crânes.

Dans cette optique, Mahâkalâ devient également un parent proche du dieu de la mort indien Yama.

Malgré les nuances qui changent au gré des  traductions, il y a dans de nombreux textes l’idée forte, puissante, de grande rupture, de fragmentation, de mort. On dit aussi que Mahâkalâ est au final l’une des représentations de Shiva, de la grande conscience, et du Pralaya qui apporte la dissolution de tout ce qui a été construit.  Au moment de la mort, Shiva vient prendre la vie de l’individu, mais c’est aussi le passeur. Il existe comme vide absolu d’où sa parenté avec Talucakra, ce cakra qui se trouve sous l’occiput et qui absorbe et dissout dans certaines techniques des vieux schémas, de vieilles énergies dans le vide.

Il a donc un double aspect, puisqu’il peut tout en prenant la vie, délivrer le mantra du passage.

Dans toutes les traditions, il y a des gardiens du seuil, du passage, et les connaître permet de pouvoir négocier avec yeux. Chez les Grecs, par exemple,  Charron est aussi un passeur même si son rôle est différent et Cerbère est un gardien du seuil. La mort est également abondamment représentée. Au Moyen-âge, pendant  la grande Peste, on la représentait avec une faux.

En yoga comme en yoga Nidra, ce qui est intéressant, c’est d’avoir soi-même sa propre représentation de la mort sans qu’elle soit absolument  un  homme ou une femme. Il est bon aussi pour travailler en yoga sur la mort,  de  permettre à cette représentation d’englober le pire comme le plus suave.  Le but est de pouvoir s’habituer à l’idée de la mort et de pouvoir surmonter la peur qu’elle génère afin d' être plus serein le jour où elle viendra nous chercher.

On dit que Mahâkalâ est attiré de deux façons : soit par les êtres ordinaires qui respirent, soit par ceux qui sont sans air. Dans ce cas, s’il se présente sur des rétentions à vide, il  n’y a pas obligation de nous emmener dans le monde des morts et on peut alors discuter avec lui. Il peut alors donner la connaissance de la vie dans la mort. C’est pour cela que dans certaines techniques de yoga ou yoga Nidra, on travaille des rétentions de souffle très puissantes à vide, afin de le voir apparaître, de surmonter sa peur, de s’habituer à lui et de pouvoir lui demander le mot de passe pour traverser une porte étroite. Ce peut être un moment douloureux de la vie, un deuil, une mue, puisque nos sociétés sont vides de toutes formes de rites aujourd’hui. Il permet alors de passer une porte étroite, gardée comme elles le sont toutes, par le gardien du seuil qu’il est lui-même.

Mais cela peut se faire aussi au moment de la mort, lors du râle de l’agonie, si l’on est prêt.

Nos sociétés sont dans une contradiction absolue en mettant la mort en scène à travers des reportages ou des films, et en même temps, vieillesses et morts sont occultées car nos sociétés sont  tournées  vers la quête de la jeunesse éternelle et de l’immortalité.

 Le yoga permet d’aborder cette peur fondamentale qu’est la peur de la mort, dont découlent toutes les autres peurs, à travers Mahakala. Cela demande bien sûr de la maturité et une foi  absolue en la vie et en soi-même, comme faisant partie d’un tout plus vaste.

Dans la série 13 de la formation de yoga nidra que je propose, de nombreuses techniques autour de mahakala et de la mort sont proposées. Cette série porte un nombre symbolique, celui de la transformation, et est proposée après la fin de la formation, car elle demande beaucoup de maturité pour faire face à la mort.

Dans son film le 7ème sceau, Ingmar Bergman met en scène  la Mort et le Chevalier qui jouent une partie d’échecs pour retarder précisément la mort du chevalier, car la Mort est venue la lui prendre et le Chevalier tente de négocier.

 

 

 

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 08:10

 

Bibliographie

(Liste complétée au fur et à mesure de mes découvertes)

 

Quand on pratique le yoga, de façon intense et passionnée, on a ensuite vite le désir d'en savoir plus. Il y a aujourd'hui tant d'ouvrages qu'il est difficile de s'y retrouver d'autant plus que, suivant les écoles, tous n'ont pas tout à fait les mêmes façons d’appréhender le yoga, certains lui faisant même perdre son origine spirituelle.

Voici donc aujourd'hui quelques ouvrages que l’on peut relire plusieurs fois au cours d’une vie et qui  peuvent même l’accompagner. Je ne mets ici que les plus importants à mes yeux. Lilian Silburn reste ma référence absolue car tous ses textes sont imprégnés d’une connaissance et d'un mysticisme « en directe. » Certains ouvrages sont des textes traditionnels – comme les upanisad, le Vijnana Bhairava -   d’autres ne parlent que de yoga et de pratique, d’autres de sa philosophie, d’autres encore de vie mystique. Certains parlent de bhakti yoga, d’autre comme la bhagavad gita expose à travers un dialogue mythique entre Arjuna et Krishna ce qu’est le Jnana yoga. D’autres enfin sont des échanges (Maharshi), des biographies ou des récits de vie. (Lizelle Raymond). Tous, à mon humble avis, enrichissent la pratique personnelle et la vie, tout simplement.

 

Lillian Silburn : citons parmi mes préférés

  1. Traduction et commentaire du Vijnana Bhairava tantra
  2. La Bhatki
  3. Traduction et commentaire d’une partie de La lumière sur les tantras d’Abhinavagupta. Commencé par Lilian et terminé par André Padoux.
  4. La Kundalini

Sur la vie de Lilian, le très beau

  1. Lilian Silburn, une vie mystique

Christian Tikhomiroff

  1. Le banquet de Shiva, consacré à toutes les techniques de yoga selon l’école Natha.

Jean Papin

  1. La voie du yoga. Le yoga dont il est question ici n’est plus tantrique ; il appartient à la tradition de Patanjali.

Tara Mickael et Pierre Feuga

  1. Le yoga, dans la collection que sais-je pour faire le point et mieux comprendre toutes les formes de yoga.

Sri Anirvan

  1. Antara yoga

Martine Bultex

  1. 108 upanisad (traduit de l’anglais, ce qui est un peu embêtant car les mots sanskrits sont donc traduits à partir de l’anglais)

Jean Varenne

  1. Les upanisad du yoga ( mais Jean Varenne de fait pas de yoga, c’est un sanskritiste, donc parfois certains mots sont traduits suivant ce qu’il pense qu’ils veulent dire, comme âme par exemple.)

Ajit Mookerjee et Madhu Khanna

  1. La voie du tantra

Lizelle Reymond

  1. Pèlerinage vers la vie et la mort
  2. La vie dans la vie

La bhagavad gita

  1. The holly book of hindus : le livre est en anglais  pour avoir le texte original  en sanskrit
  2. La bhagavad-gita : collection classique poche,  en français, avec texte original mais translittéré ce qui en rend la lecture pas très facile.

Un livre sur les échanges de Maharshi

    17. L’enseignement de Ramana Maharshi

 

Arthur Avalon

  1. La puissance du serpent

André Padoux

  1. Comprendre le tantrisme

Jean Klein

    20. Qui-suis-je?

Personnellement, il n’y a aucun livre sur le yoga Nidra que je trouve intéressant ; j’ai moi-même commencé la rédaction d’un ouvrage sur le sujet qui va me prendre encore pas mal de temps, au moins deux années je pense.

 

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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 09:08

 

 jnana mudra, geste également utilisé en danse indienne.
jnana mudra, geste également utilisé en danse indienne.

L’un des grands objectifs du yoga est d’immobiliser le corps afin que le mental et le souffle s’unissent et qu'une autre dimension surgisse. Ainsi, les gestes des mains appelés Mudra ou les fixations oculaires appelées Drishtis sont-ils des outils supplémentaires pour permettre cette unité. Si vous vous observez dans la journée, vous verrez que les yeux et les mains sont toujours en mouvement.

Les mains sont la terminaison  du mental. Vous avez tous observé des gens qui parlent beaucoup avec leurs mains…. nous les utilisons souvent pour compléter nos discours, décrirent, donner plus de force, de vie à nos propos. Les immobiliser permet donc au mental de faire de même.

Quand aux yeux, on dit traditionnellement que là où va le regard va la pensée. Si on immobilise le regard sur un point, le mental s’y fixe aussi. Par ailleurs, la vue est liée au cakra Manipura, qui gère aussi différents états du mental. Ainsi, un regard concentré en un point immobilise le mental si on y reste au moins 5 minutes.

D’ailleurs, au-delà de toutes les techniques de concentration, la plus simple mais aussi la plus efficace quand on a quelques années de pratique, est de fixer un point sur le mur en assise et d’y rester. On bascule en général au bout de 15-20 minutes dans le vide et la méditation pointe son nez.

Voici donc présenté succinctement quelques mudra simples et quelques drishtis de base. 

Les Mudras :

Jnana mudra : le geste de la sagesse  (jnana : connaissance en sanskrit). Pouce et index sont joints, les autres doigts tendus, soit serrés soit ouvert. Geste utilisé pour la méditation, la concentration, et certaines  postures debout comme l’arbre

Chin mudra : même geste mais les mains sont posées à plat. A noter que le terme exact est Chit-mudra ( conscience- geste) mais que par le jeu du sandhi le T devant le M devient N d’où chin mudra.

Ganesh mudra : le poing est fermé le pouce replié par dessus. Ganesh réside dans le premier cakra, et assure la stabilité.

Anjali mudra : les deux paumes sont face à face, comme en prière. Ce geste utilisé pour être mis en relation avec le cakra du cœur

Linga mudra : index, majeur, annulaire des deux mains sont joints et  forment un linga qui repose  contre svadistha. Le linga symbolise la conscience de Shiva.

Les Drishtis :

Pour les yeux, il y a trois grandes possibilités :

  • soit le regard est posé sur le bout du nez en Nasagra (bout du nez) Drishti
  • soit le regard fixe un point à l’horizon quand ils sont ouverts (comme pour l’arbre)
  • soit le regard fixe un point à l’horizon quand ils sont fermés, entre les deux yeux par exemple,  au niveau des sourcils, ce qui les obligera à converger légèrement, en Bhrumadhya, Bhru désignant la pierre frontale.

A noter qu’en sanskrit Bhrumadhya signifie froncer les sourcils.

  • Soit le regard converge tout en haut et en arrière en Shambhavi

 

Shambhu est l’un des noms de Shiva qui en possède plusieurs. Shambhavi est ce qui se rapporte à Shiva. On trouve parfois une association faite entre Durga et Shambhavi, comme étant l’une des énergies de Shiva. Toujours est-il que ce geste qui se fait aussi yeux fermés est réputé pour apporter le bonheur. Il n’est pas la fixation entre les sourcils  MAIS  BIEN PLUS haut et légèrement en arrière.

Ces mudras et drishtis sont  intégrés à toutes les techniques de yoga. Les débuts sont toujours difficiles et balbutiant puisque à ces gestes des mains et des yeux sont ajoutés les bandhas. Mais ce sont eux qui scellent l’énergie et transforme le yogi en alchimiste : la magie peut commencer.

 

A noter d'ailleurs que Mudra qui signifie joindre, sceller est un terme utilisé pour désigner non seulement les gestes des mains mais toutes les techniques dans lesquels on cherche une unité complète. Les grands mudras opèrent des processus de transformation profonde quand ils sont fait longtemps et régulièrement.

En danse indienne, les mudras désignent toute une gestuelle que la danseuse prend en dansant. Les deux dernières phalanges sont peintes en rouge  (Shakti) et bien que la danseuse soit en mouvement, ces mudras scellent le regard du spectateur. Un autre article expliquera cela.

 

 

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 09:29

 

En Occident, l’astrologie  populaire des magazines prédit l'avenir; à un stade un peu plus élevé, elle sert à faire  le portrait de l’individu incarné. Depuis les années 1950, sous l’influence des théosophes comme Dane Rudhyar, puis un peu plus tard dans les années 1980 de l’Américain Stéphane Arroyo, l’astrologie a intégré certains éléments des philosophies indiennes à sa pratique. Elle s’est principalement intéressée aux vies antérieures et à l’axe des nœuds qui indiqueraient plus ou moins clairement les conditionnements passés ;  Arroyo  a fini par admettre que le thème tout entier parlait du passé et uniquement de lui ; vasanas et samskâras y sont inscrits ; depuis, les choses ont continué à se décanter, et de nombreux astrologues étudient à présent la carte du ciel comme un instantané, celui de l’individu au moment de sa naissance,  qui montre ce dont il hérite de ses vies passées (dans l’optique que ce soit bien toujours le même individu qui revienne de vie en vie avec un nouveau corps. Ce qui, suivant les écoles, est loin d’être une certitude. Mais c’est une autre histoire pour un autre article.)

Il est assez facile de faire l’étude d’un thème, d’expliquer le fonctionnement de ce que Jung appellerait la psyché et les Indiens le mental, (qui englobe les fonctions cérébrales mais aussi toutes les mémoires de l'individu), une fois que la personne a compris ses fonctionnements, comment l’aider à les transformer ? L’envoyer voir un psychologue ou psychanalyste ?  A noter d'ailleurs que Jung a survolé, en bon occidental qu'il était, la philosophie indienne et en a fait une soupe assez indigeste et superficielle.  Si on l'étudie à la lumière de la philosophie indienne, on comprend ses concepts d'animus-anima, psyché, persona, etc, mais malgré tout, la psychanalyse montre malheureusement bien souvent ses limites ; se connaître n’est pas le gage de pouvoir réellement se transformer ; faire remonter les anciens schémas n’en libèrent pas l’individu pour autant. Ni en les revivant, ni par la parole, n'en déplaise à Lacan. Les mots ne détruisent pas les maux, ce serait trop simple… Ils sont toujours là, encore plus apparents, lumineux dans leurs fonctionnements,  et c’est tout. Comprendre ne donne pas une baguette magique pour faire disparaître. D’aucuns diront « pourquoi se transformer ?  Il n’y a qu’à être ! » Oui, à condition que cela soit possible.

 

Mais pour «  être », encore faut-il parvenir à aider l’individu à se débarrasser de certains schémas qui le  ligotent complètement malgré lui; encore faut-il parvenir à l’aider à dépasser ces schémas qui se répètent inlassablement, véritables circuits démons, nullement effrayés ou impressionnés de la connaissance que l’on d’eux. Au contraire, ils en ricanent : «  Tu nous connais, mais tu ne peux rien faire, nous dominons ton mental, haha ! Nous te menons là où nous voulons ! Et tu n’y peux rien. » Si vous doutez de ce que j’écris, pensez aux tragédies grecques.  Les circuits démons sont les dieux de l’Olympe tout simplement, et l’individu n’a pas de vraie liberté d’action. Il se croit l’auteur de ses actions, mais les dieux le dirigent. On en revient à nos circuits démons.

 

Et c'est là que peut intervenir le yoga  : une pratique régulière, profonde, qui utilise largement les mudras, le pranayama et les différentes techniques de concentration, permet de retirer les couches les unes après les autres, et ce long processus fait peu à peu émerger la  véritable nature ; un peu comme un acteur qui dans sa loge, retire ses costumes et réalise, lorsqu’il est démaquillé et tout nu, qu’il n’est pas le personnage qu’il interprétait sur scène une heure avant ; il n’est que « lui ». Mais malgré cela, certaines choses peuvent rester à l’œuvre, comme des problématiques difficiles à résoudre et que le yoga nomme " granthis" : ce sont un peu des échangeurs d'autoroute, mais devenus fous, qui ne permettent au final aucune sortie, qui n'échangent avec aucune route, tournent en rond et rendent fou. A cela s'ajoutent les samskâras dont parlent les philosophies indiennes. 

 

On lit très facilement dans un thème astrologique les schémas qui conditionnent un individu  aussi bien en positif – l’énergie circule facilement, tel domaine sera source de joie ou de satisfaction, - qu’en «  négatif » : l’énergie va se bloquer et provoquer des conflits.

 

Bien sûr, le but du yoga n'est pas de faire émerger l'individu dans sa pureté, mais plutôt de le fondre au TOUT, au soi. C'est moksha. Point.

Mais peu réalisent moksha et il peut être utile pour traverser une vie d'avoir des outils pour dépasser, désancrer, couper à la racine ses vieux schémas. Les neutraliser. Complètement. Le yoga thérapeutique est sans aucun doute l'outil le plus approprié pour cela, car il permet  dans une mesure extrêmement large de travailler concrètement et directement sur cet héritage malgré soi, qui inclut l’héritage des vies antérieures – que ce soit la même «  âme » ou bien  une qui vient se placer dans une lignée ; cet héritage peut s’exprimer à travers des savoirs innés, des tendances innées, un héritage sur le plan génétique comme je l’expliquais plus haut, mais aussi toute une part d’ombre à l’œuvre qui est comme le tour que le potier lance et qui continue à tourner même lorsqu’il ne l’actionne plus : ainsi vont nos vies. Ainsi, le yoga thérapeutique peut-être une aide précieuse dans le cas de thèmes astrologiques qui ligotent complètement un individu. Bien sûr, cela sous-entend plusieurs choses : une connaissance profonde de l'astrologie et une autre tout aussi profonde du yoga. Il faut aussi être prêt à pratiquer régulièrement. Mais les résultats sont là.

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 11:58

 

La plupart des explications avancées pour ce nombre de graines, fruits d’un pin de l’Himalaya et dont le mot vient de l’assemblage rudra+ aksha, qu’on peut traduire par larmes de Rudra, Rudra étant l’une des formes de Shiva sous son aspect homme-medecin, se contentent d’attribuer à chaque chiffre une symbolique comme suit :

1 représente l’unité originelle

0 est le vide sans lequel il ne peut y avoir le retour vers l’unité

8 se place au-delà de l’espace et du temps.

 

Mais l’explication est plus subtile.

 

L’être humain, microcosme, est composé de  tout ce qui se trouve dans le macrocosme. Sa forme seule lui donne l’illusion d’une séparation qui n’existe en réalité pas. La pratique spirituelle vise à faire tomber cette illusion et le mala est l’un des moyens qui peut l’y aider. Il retrouve ainsi l’unité originelle,  temporairement ou définitivement, selon.

Sans télescope ni instruments de mesure astronomique, les Indiens, qui avaient une connaissance développée de l’astronomie, savaient  que le diamètre du soleil  est 108 fois supérieur à celui de la Terre, nombre  plus proche de 109 que de 108, raison pour laquelle  le mala a une 109 ème graine hors collier.

Sur le plan symbolique, le soleil est  le  Brahman, le Tout. En égrenant le collier de graines, le pratiquant non seulement parcourt le diamètre du soleil mais aussi il s’unit au tout;  pendant plusieurs mala,  tenu dans une main levée que le pouce fait tourner, le collier finit par « tourner de lui-même », l’énergie prenant le relai, pour peu que la méditation dure au moins une heure ; la fusion  avec le Tout est même possible, si c’est l’état méditatif qui fait à la place du pratiquant. Car on ne médite pas. Tant qu’il y a volonté du Je, il n’y a pas de méditation.

A la fin, le pratiquant immobilise son pouce et index en chin-mudra, union du soi avec le Soi, sur la 109 graine.

 

 

 

 

 

 

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 11:02
Moi à 44 ans

( photo 2006)

La pratique du yoga au fil du temps…comme maintenir tamas, rajas en harmonie et accueillir sattva.

 

 

Il est assez rare que l’on commence le yoga à 20 ans et si on le fait, la plupart du temps, c’est dans une recherche de souplesse avant tout. Mais avec le temps, le corps perd de son élasticité, puis  l’endurance cardio passe progressivement de 220 pulsation minute à environ 170 vers 55 ans. Si l'on danse ou que l'on fait du sport, il faut apprendre à travailler autrement et renoncer aux grands sauts, ou bien au compétitions sportives  qui emmènent le cœur au delà de ses possibilités. (Pour un calcul simple, on retire son âge de 225 pulsation, si on a 55 ans par exemple, il ne faut donc pas rester à  170 pulsations minutes ni dépasser ce point de repère sur un temps trop long, sinon le cœur s’épuise et peut conduire à une «  crise cardiaque ». )

 

C'est là que le yoga peut jouer un vrai rôle dans la vie de tous les jours!

 

1) Pour commencer, le yoga aide dans ces deuils successifs car   ce sont des deuils. Des pertes progressives. Le yoga apprend sur le tapis à écouter sa voix intérieure, à écouter sa vibration profonde, à éveiller l’observateur impassible qui  regarde avec bienveillance toutes ces mues successives, et aide à trouver peu à peu le détachement. Beaucoup de gens vivent les transformations hormonales en prenant des hormones d’appoint ou toutes sortes de choses, sans écouter le corps lui-même, et en se mettant des œillères pour ne pas voir les choses trop directement en face. Le yoga est donc  vraiment précieux, à l’heure où l’image et la jeunesse sont omniprésentes dans nos sociétés. Le yoga apprend à vieillir et à l’accepter, mais sans baisser les bras. Au contraire, il accompagne  ce processus naturel et prépare peu à peu au rendez-vous avec la mort.

 

2) Deuxièmement, les asanas peuvent toujours être pratiquées avec la même intensité intérieure, même si le corps perd de sa souplesse et/ou de sa force. On ne fera plus les grandes flexions arrière comme à 20 ans, mais, installé dans une posture, on a tout le loisir  de continuer à  observer comment l’énergie et le mental s’unissent pendant la tenue des asanas. On observe aussi qu’on est de plus en plus à l’aise dans l’immobilité.

 

C’est que rajas qui domine l’enfance et la première partie de la vie de l’individu, - cela explique pourquoi les enfants sont toujours en train de sauter, de bouger, de s’agiter, et que le pire qu’on puisse leur infliger, c’est de les immobiliser sur une chaise 7 heures par jour, comme en France, à l’école !  Ou même, le pire qu'on puisse leur faire, c'est de leur faire faire du yoga! Ce n'est pas pour eux, pas tout de suite! -  rajas, disais-je s’efface peu à peu pour laisser la place à tamas. Et c’est là que le yoga joue encore son rôle : ne pas laisser tamas endormir voir momifier le corps jusqu’à lui faire perdre la mobilité. Beaucoup de techniques permettent de garder l’équilibre entre les trois gunas. Ainsi, s’il est plus « difficile » de se mettre aux postures,  on est tout heureux d’entrer sans peine dans les longues pratiques méditatives grâce à ce coup de pouce de tamas, car rajas s’effaçant, il est à présent plus aisé de rester immobile, pour peu que l’on pratique le yoga depuis plusieurs années déjà, car il faut aussi que le mental ait été pacifié, sinon, on est immobile, mais le mental lui, saute comme un singe dans tous les sens !

Les mudras et le pranayama ne sont pas affectés par l’usure du corps. Puisque tout se joue sur le plan de l’énergie et que celle-ci est indépendante du corps physique.

Ainsi, le yoga permet de continuer sa route, malgré un corps physique qui vieillit peu à peu. Après, comme toujours, tout le monde est différent, sans doute certains garderont certaines facilités physiques, pour d’autres, ce sera plus difficile, c’est là tout l’héritage génétique ; si vos parents ont eu de l’arthrose, de l’ostéoporose, des problèmes de hanches ou de genoux, sans doute ne serez-vous pas épargner, mais là encore, le yoga ralentira le processus. Même chose pour le vieillisement oculaire.

 

Mais me direz-vous, on ne fait pas du yoga pour entretenir la jeunesse du corps ? Si ?

 

Je répondrai : comment voulez-vous continuer la pratique du yoga passé 60 ans si précisément le corps ne suit plus ? Donc, il est important de conserver le potentiel de ce corps physique. Bien sûr, on pourrait axer sa pratique uniquement sur les mudras, le pranayama et la méditation, c’est vrai. Mais puisque la possibilité est offerte de converser un corps en bon état, il serait dommage de renoncer aux asanas, ces pièges à énergie qui préparent si bien les mudras. La méditation, elle, amène ces états sattviques indescriptibles!

 

Enfin, cela explique pourquoi je n’aime pas ces idées de «  yoga pour les seniors », parce que cela est un concept occidental, une fois encore. Si on débute le yoga à 60 ans, bien sûr qu’il va falloir adapter beaucoup de choses, mais si on le pratique depuis dix, quinze ou 20 ans, voire plus, on continuera intelligemment sa pratique, le yoga est du yoga, et il n’y a pas plus de yoga de la femme enceinte, que de yoga senior.

Il y  l’union de la conscience et de l'énergie pour aller vers le Soi.

 

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 10:14

 

Je laisse la parole à Marcel Proust qui décrit ici d'une manière pleine d'humour un état de yoga nidra... ce qui est extraordinaire ( entre autre) dans ce passage, c'est sa capacité à descendre dans les profondeurs du ressenti et de l'analyse, chose si difficile en nidra, où l'on saisit en général une atmosphère, une idée, mais sans vraiment pouvoir la suivre de A à Z. Ces pages sont extraites du Côté de Guermantes, et font suite à l'épisode à Doncières, qui sont parmi les plus belles qu'il ait écrites sur la garnison et toute la jeunesse militaire qui sera fauchée par la première guerre mondiale, y compris l'ami  du " narrateur", Saint-Loup.

Comme je sortais le matin après être resté éveillé toute la nuit, l’après-midi, mes parents me disaient de me coucher un peu et de chercher le sommeil. Il n’y a pas besoin pour savoir le trouver de beaucoup de réflexion, mais l’habitude y est très utile et même l’absence de la réflexion. Or, à ces heures-là, les deux me faisaient défaut. Avant de m’endormir je pensais si longtemps que je ne le pourrais, que, même endormi, il me restait un peu de pensée. Ce n’était qu’une lueur dans la presque obscurité, mais elle suffisait pour faire se refléter dans mon sommeil, d’abord l’idée que je ne pourrais dormir, puis, reflet de ce reflet, l’idée que c’était en dormant que j’avais eu l’idée que je ne dormais pas, puis, par une réfraction nouvelle, mon éveil… à un nouveau somme où je voulais raconter à des amis qui étaient entrés dans ma chambre que, tout à l’heure en dormant, j’avais cru que je ne dormais pas. Ces ombres étaient à peine distinctes ; il eût fallu une grande et bien vaine délicatesse de perception pour les saisir. Ainsi plus tard, à Venise, bien après le coucher du soleil, quand il semble qu’il fasse tout à fait nuit, j’ai vu, grâce à l’écho invisible pourtant d’une dernière note de lumière indéfiniment tenue sur les canaux comme par l’effet de quelque pédale optique, les reflets des palais déroulés comme à tout jamais en velours plus noir sur le gris crépusculaire des eaux. Un de mes rêves était la synthèse de ce que mon imagination avait souvent cherché à se représenter, pendant la veille, d’un certain paysage marin et de son passé médiéval. Dans mon sommeil je voyais une cité gothique au milieu d’une mer aux flots immobilisés comme sur un vitrail. Un bras de mer divisait en deux la ville ; l’eau verte s’étendait à mes pieds ; elle baignait sur la rive opposée une église orientale, puis des maisons qui existaient encore dans le XIVe siècle, si bien qu’aller vers elles, c’eût été remonter le cours des âges. Ce rêve où la nature avait appris l’art, où la mer était devenue gothique, ce rêve où je désirais, où je croyais aborder à l’impossible, il me semblait l’avoir déjà fait souvent. Mais comme c’est le propre de ce qu’on imagine en dormant de se multiplier dans le passé, et de paraître, bien qu’étant nouveau, familier, je crus m’être trompé. Je m’aperçus au contraire que je faisais en effet souvent ce rêve.

Les amoindrissements mêmes qui caractérisent le sommeil se reflétaient dans le mien, mais d’une façon symbolique : je ne pouvais pas dans l’obscurité distinguer le visage des amis qui étaient là, car on dort les yeux fermés ; moi qui me tenais sans fin des raisonnements verbaux en rêvant, dès que je voulais parler à ces amis je sentais le son s’arrêter dans ma gorge, car on ne parle pas distinctement dans le sommeil ; je voulais aller à eux et je ne pouvais pas déplacer mes jambes, car on n’y marche pas non plus ; et tout à coup, j’avais honte de paraître devant eux, car on dort déshabillé. Telle, les yeux aveugles, les lèvres scellées, les jambes liées, le corps nu, la figure du sommeil que projetait mon sommeil lui-même avait l’air de ces grandes figures allégoriques où Giotto a représenté l’Envie avec un serpent dans la bouche, et que Swann m’avait données.

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 12:04

Yoga, Soi et pouvoirs occultes ou magiques! ( Quel programme!)

 

Depuis que j’enseigne, j’ai eu quelquefois bien que rarement des demandes incongrues de personnes qui, au bout de six mois de cours plus ou moins réguliers, me disent qu’ils sont très déçus car ils espéraient acquérir des pouvoirs magiques : ils pensaient qu’ils seraient capables de quitter leur corps, de naviguer dans l’Akasha, de rencontrer des maîtres, de voir le futur. Ils ont d’ailleurs lu sur le net que certains ont ces pouvoirs.  Et comme je leur réponds que ce n’est pas le but du yoga, et qu'ils ne m'avaient pas dit que c'était là leur  quête en s'inscrivant à mes cours, souvent ils ne continuent. Je suppose qu’ils vont chercher leur bonheur  ailleurs ou bien encore qu'ils pensent que je n'y connais rien!  Ce qui n’est nullement un souci  car chacun est libre de faire sa route comme il l’entend.

 

Mais puisque je tiens ce blog, et bien j’en profite pour éclaircir quelques points difficilement accessibles par l’intellect, le raisonnement, ou toute autre chose de ce genre.

 

Les êtres réalisés – Jésus, Bouddha, Shankara, Maharshi ou d’autres – ont tous fait l’expérience du Soi, c'est-à-dire de la totalité. Ils ont vécu en direct cette fusion d’avec le Tout. Ce tout englobe l’univers lui-même puisqu’il prend sa source même en lui. Il n’y a aucun mot pour décrire cela, seulement des images. Mais toutes malheureusement sont bancales, car l’intellect la plupart du temps ne peut se représenter que le monde manifesté et pas le Tout.

Le deuxième souci  qui empêche de comprendre cela est l’identification de l'individu d’avec le corps. Les neurosciences d’aujourd’hui n’aident d’ailleurs en rien.

La troisième est  de faire un mélange entre la pensée, le fait de penser et l’âme.

D’aucun diront que l’âme n’existe pas, que tout est dans le cerveau et périt avec lui.

Soit.

 

Une fois ces «  problèmes » écartés, tout est plus facile à percevoir, car il ne s’agit pas de comprendre. La perception se fait par l’intuition pure qui est la connaissance en direct, sans filtre déformant. Si vous avez fait l’expérience de comprendre que votre mental n’est qu’un poste de radio qui fonctionne jour et nuit, d’avoir senti que votre corps n’est qu’un véhicule, comme on monte dans une auto – il y a bien des gens pour qui la voiture est la prolongation d’eux-mêmes, d’ailleurs, haha ! – et bien, sans doute comprendrez-vous mieux ce qui suit.

 

Avoir tous ces pouvoirs extraordinaires n’apportent rien de plus à la réalisation. On peut être clairvoyant, clair-audiant, télépathe, guérisseur, avoir le don d’ubiquité, être capable de quitter son corps et de se balader comme dans Inception,  tout cela se fait dans le monde manifesté  certes un peu plus vaste  voir beaucoup plus vaste que le monde «  quotidien » mais au fond guère plus. Même David Bowman, dans 2001 du génial et mystique AC Clark, n'a pas rejoint l'absolu même s'il est devenu l'enfant des étoiles, récupéré qu'il a été par des ET  après avoir été éjecté de son vaisseau par l'affreux ordinateur Hall 9000 ( initié par le professeur Chandra, ce qui veut dire lune en sanskrit).

Le cinéma d’aujourd’hui le montre d’ailleurs très bien : les super héros sont en général tous très malheureux, malgré leurs magnifiques pouvoirs, qu’ils s’appellent Magneto, le Professeur Xaxier, Captain America, Thor, Jean ou Mystic, Docteur Strange ( je les aime tous! )   et j’en passe : eux aussi sont à la recherche de l’absolu !

La mythologie grecque ou germanique ne dit pas autre chose : les pouvoirs n’ont rendu  heureux, ni Wotan, ni Cassandre, ni Tirésias !

 

 

 Une fois de plus, je laisse la parole à Maharshi, qui était souvent sollicité sur ce genre de questions ; voici ce qu’il répond à un de ses visiteurs à Tiruvannamalai.

 

Question : n’est ce pas une bonne chose que d’acquérir des pouvoirs occultes, comme la télépathie, la vision, ce qu’on appelle les siddhis ?

Maharsi : Toutes ces facultés sont des facultés du mental, qu’on voie ou entende de près ou de loin ne change rien au fait de voir ou d’entendre. Le facteur fondamental c’est l’auditeur, le sujet ; en l’absence d’auditeur ou de voyant, il ne peut pas y avoir d’audition ou de vision. Les pouvoirs occultes sont aussi des fonctions du mental. Ils ne sont pas naturels au Soi. Ce qui n’est pas naturel mais acquis ne peut pas être permanent et ne vaut pas la peine que l’on s’efforce de l’obtenir.

Les siddhis sont des pouvoirs à longue portée. Un homme ordinaire a des pouvoirs limités et se sent misérable. Il cherche  à augmenter ses pouvoirs afin d’être heureux. Y parviendra-t-il vraiment ? Si l’on considère que les gens sont malheureux avec des facultés de perception limitées, alors on peut en conclure que leurs malheurs s’accroîtront proportionnellement à l’augmentation de celles-ci. Les  pouvoirs occultes n’apporteront jamais de bonheur à qui que ce soit, bien au contraire, ils le rendront d’autant plus malheureux !

Par ailleurs, à quoi servent ces pouvoirs ? Le soi-disant occultiste désire exposer ses pouvoirs afin d’être apprécié par les autres. Il recherche la reconnaissance et s’il n’en reçoit pas autant qu’il le voudrait, il est malheureux. Il faut absolument que les autres l’apprécient. Il peut même rencontrer quelqu’un dont les pouvoirs sont supérieurs aux siens. Il en éprouvera de la jalousie. Un grand occultiste peut toujours rencontrer un occultiste encore plus grand que lui  et ainsi de suite jusqu’à ce que survienne quelqu’un qui volatilisera tout en un clin d’œil. Un tel personnage est le plus haut adepte et il est Dieu ou le Soi.

 

 

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 10:09

Proust et le yoga. (1)

 

Je me suis longtemps demandé pourquoi j’étais aussi fidèle à cet écrivain rencontré il y a maintenant 50 ans, que je relis en boucle et que j’écoute en audiobook, Dussolier et Galienne étant mes lecteurs d’élection tant leurs lectures m’ouvrent de nouveaux pans de compréhension et de délice ; ma première rencontre avec Marcel eut lieu en classe de 4e. En lisant par hasard dans notre manuel de lecture l’ extrait des «  trois petits coups frappés à la cloison », je suis tombée en amour, «  stupéfixée », tout comme quatre ans auparavant j’étais tombée en amour de Chateaubriand par la grâce d’  « A Combourg » que nous avions dans notre petit fascicule chant-poésie de CM2. Mais Chateaubriand est passé, Proust est resté.  

 

J’ai la certitude aujourd’hui que Proust aurait adoré faire du yoga ! Pas du hatha yoga, non, lui qui souffrait d’un asthme terrible, et il n’y avait pas de ventoline à l’époque. Mais du yoga nidra. Après une première partie de vie mondaine, son asthme l’a obligé à s'alliter du matin au soir, ne se levant certains jours pas du tout, ne mangeant chaque jour qu’un croissant et ne buvant qu' une tasse de café au lait. Céleste Albaret, sa dernière gouvernante, pense qu’il ne dormait jamais. Sans doute avait-il cette faculté naturelle d’entrer dans cet entre-deux du yoga nidra. Il utilise cette zone entre veille et sommeil pour comprendre «  je », le temps, le monde, le désir, la mort, tous les grands thèmes de la vie, qu’on explore en nidra,  auxquels il apporte souvent des réponses fulgurantes. Son asthme l’obligeait à faire toutes sortes de fumigations quotidiennes et à prendre du datura à haute dose (plus que ce que son médecin lui prescrivait) ce qui le mettait précisément en nidra car le datura est aussi un narcoleptique puissant.

 

On peut, en lisant Proust, trouver des pages entières qui semblent naître d’un esprit «  en nidra. » Par exemple, au début de du côté de chez Swann, la description du réveil est typique de ce que l’on cherche en yoga. Il n’y a que la vibration du Je, le mental, ou le monde, n’a pas encore réapparu ; il n’y a pas encore d’identification du «  je –ahamkâra » avec le corps ; puis le mental se remet en place via ahamkâra (l’organe de perception du mental), l’identification avec le corps se «  remet »en place également. Dans ce laps de temps, Proust explique qu’il ne sait plus dans quel chambre il y est et passe en revue toutes les chambres où il a dormi ; la description, d’une poésie inouïe, restitue parfaitement cette zone où le mental ordinaire n’est pas encore complètement reconnecté et où les choses les plus saugrenues apparaissent sans qu’on s’en étonne.

 

On a beaucoup écrit sur la fameuse madeleine ; des dizaines d’ouvrages, d’articles, d’analyses, expliquent cette scène d’un souvenir lointain (Combray, quand il avait peut-être 8 ou 10 ans)  ressurgit plusieurs années plus tard (avec Proust, le temps a une élasticité prodigieuse et on ne sait jamais quel âge à le Narrateur qui d’ailleurs n’EST PAS Proust, mais le Narrateur. Un «  je » qui est un autre faux «  je » ! Proust s’amuse bien ! ). Mais le yoga expliquerait que Proust est en contact direct avec les cakras du goût et de l’odorat, où se fixent en partie les samskâras qui viennent animer le mental. Hypersensible, il a cette faculté non seulement de revivre un souvenir qui surgit de sa tasse de thé, mais surtout, d’en tirer une philosophie du temps. Il perçoit dès lors la présence d’un faux «  je », celui qui pense, vit, respire, et d’un autre «  Je » intemporel, celui-là qui n’est autre que le Soi. Le souvenir l’emmène au-delà d’une émotion liée au passé, elle l’emmène au-delà de l’espace et du temps, vers le Soi lui-même.

D’ailleurs, tout au long des 2000 pages, Proust revient souvent vers ces multiples «  je » qui sont liés au temps, mais qui ne sont pas «  lui ». Il a la certitude très précise que ces multiples je sont liés à la vie incarnée sur Terre. Dès les premières pages, d’ailleurs, il parle de métempsychose, et d’entités qu’on libère si elles se trouvent prisonnières d’objets en pensant à elles et en les reconnaissant dans des formes qui n’étaient autrefois pas les leurs.

 

La madeleine ouvre la Recherche comme les deux dalles disjointes la referment dans le  Temps retrouvé. Ce nouveau souvenir-sensation- permet la mise au point de toute sa philosophie. Les deux dalles lui restituent tout à coup une Venise qu’il s’est efforcé de fixer dans son souvenir par la force de sa volonté quand il l’a visité, mais en vain. Il a échoué à saisir l’essence même de Venise ; il n’en a capté que des images vides, il n’est pas entré en elle, mais est resté extérieur à elle. Tout d’abord, il ne comprend pas ce qui se passe, et répète l’expérience de la marche trébuchante sur le dallage inégal, obligeant le souvenir-sensation à quitter la zone des cakras pour mettre en vibration dans la mémoire le souvenir-sensation captif. Cette fois-ci c’est le sens du toucher (cakra du cœur) et de la marche (muladhara) qui entrent en vibration. Et il lui revient alors qu’il a trébuché de la même façon sur la place Saint-Marc mais il va plus loin. Ce n’est pas le souvenir qui l’intéresse, mais ce que le mental a fixé indépendamment de sa conscience voulant absolument tout mémoriser. Il n’utilise bien sûr par la philosophie indienne pour dire que notre mémoire active fixe des images, mais que nos centres d’énergie, les cakras, les captent bien mieux qu’elle et peuvent ensuite restituer le tout. Ce même jour, d’autres sensations liées à l’ouïe (tintement d’une cuillère), à la vue ( François le Champi)  lui restitue des pans entiers de sa vie. Il explique alors aussi clairement qu’un yogi qu’on n’est pas maître de sa vie, que les choses se passent indépendamment de l’état de veille, mais qu’à la faveur d’un incident qu’on ne maîtrise pas, l’événement vécu dans l’ombre peut arriver en plein jour, et nous mettre en contact avec non pas le passé (on a très mal compris Proust !) mais l’éternité !  Quelque chose qui transcende l’ego, l’espace et le temps. Voilà toute la philosophie de Proust : nous sommes des êtres de lumière, complètement réalisés, transcendant l’espace et le temps. Et cette découverte nous affranchit de la peur de la mort !

 

Je pourrai ainsi m’amuser à passer au crible bien des pages de Proust qui ont été écrites par quelqu’un qui a connecté le Soi très souvent. Il a parfaitement compris le rôle du mental, et vu le monde entier comme le mental, en sachant qu’une réalité supérieure le transcendait. Dans un autre article, sans doute continuerai-je à explorer très humblement quelques petits bouts de cette œuvre monumentale.

 

Encore une chose. Le «  dharma » de Proust. Il a eu conscience d’être venu écrire la Recherche et, tout en se sachant excellent écrivain, il a expliqué qu’il n’était pas l’auteur de ses actes. Dans la Recherche, il explique que l’artiste ne fait que «  capter » une œuvre qui existe indépendamment de lui et que son rôle est, comme un médium, de la saisir et de l’incarner dans l’espace-temps terrestre. L’artiste n’est pas «  créateur », mais «  découvreur ». La Recherche devait être découverte, et c’est au  « je-Proust » que cette tâche a été confiée. Proust a conscience que rien n’est «  trouvé » ni créé, que tout existe déjà et qu’on re-découvre simplement les choses en permanence, s’en croyant l’auteur, le faiseur, quand on en est que le «  spectateur » ; il sait et écrit que le «  je » n’est pas l’auteur de ses actes ; qu’il existe un Je supérieur – une fois encore le Soi.

Et il est conscient de son dharma ; très malade, il termine la Recherche en 1922. Où un corps aussi malade a-t-il puisé l'énergie d'écrire toutes ses pages? Grâce au guna sattva, car Proust était très sattvique. Son frère Robert, médecin comme leur père, s’occupe de lui, et il voit que Proust n’a plus la volonté de vivre maintenant qu’il a fini ce pour quoi il est venu. Encore un peu et Proust dirait que l’asthme était la condition sine qua non pour écrire la Recherche,  qu’il fallait qu’il soit malade, que sinon, il aurait été un Swann toute sa vie, attiré par les lumières trompeuses du monde extérieur, dilettante raffiné, au lieu d’accomplir son dharma. En automne 1922, il ne veut pas suivre les traitements et se laisse emporter par une pneumonie. Pourquoi ? Parce que la Recherche est terminée, et qu’avec elle, il avait fini son rôle sur Terre.  

 

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