Overblog Tous les blogs Top blogs Beauté, Santé & Remise en forme Tous les blogs Beauté, Santé & Remise en forme
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Bienvenue

Bienvenue sur Ondes et vibrations,  Diplômée en yoga, yoga nidra, yoga thérapeutique, je suis des études de sanskrit. Je propose ici de partager mes connaissances du yoga à travers des articles ou des vidéos de pratique, postées sur ma chaîne youtube.

 

 

Recherche

18 mars 2026 3 18 /03 /mars /2026 14:49
ardhanariswara

 

Dans la mouvance des années 60 qui a réinventé le yoga, naît dans l’état de la Californie où le corps est déifié, le yoga postural. Quelques années plus tard naît la notion de féminin sacré, revendiquée par les femmes, pour affirmer leur identité et singularité face à une société éminemment machiste.

 

Qu’est-ce que c’est ?

Ce féminin sacré se réclame d’une forme de chamanisme qui permettrait à la femme de puiser dans une pratique mystique   tout ce qu’il faut pour nourrir sa profonde pureté. Selon les prêtresses de ce mouvement, elle serait naturellement reliée à la Terre, comme une enfant hautement privilégiée, et à la lune dont elle partage les cycles. Elle accroîtrait sa sensibilité en plongeant ses racines dans la terre, et sa puissance et son indépendance en se calant sur les rythmes lunaires. Les modèles féminins sont empruntés à celles qu’on a diabolisées : magiciennes, sorcières, chamanes  sont acclamées comme des femmes d’une grande puissance :  les hommes les ont combattues au fil des siècles dans le seul but de briser leur pouvoir. Toute une littérature parfois assez fantaisiste naît à cette époque pour étayer toutes ces thèses.

 

Loin de s’éteindre à la fin des années 70, ce concept continue à prospérer, en empruntant certaines idées à Gaia et son créateur, James Lovelock, qui n’avait pour d’autre but que de démontrer via des théories scientifiques que la Terre est un organisme vivant capable de se réguler. Mais sa théorie a été subtilement détournée pour faire de Gaia une entité pensante, une planète-déesse que les hommes maltraitent et que seules les femmes comprennent.

En parallèle, le yoga moderne réinventé dans les années 60 (voir mon article) est prétexte à donner une assise philosophique à ce concept : on puise du côté du tantrisme qu’on résume à une pratique sexuelle : la femme est Shakti et c’est par elle seule que l’homme peut entrer en contact avec LA divinité grâce à des rituels sexuels.

Que dit vraiment le tantrisme ?

Prétendre au nom du tantrisme que la femme détient un pouvoir unique et différent de celui de l’homme de par sa nature, montre la méconnaissance de cette philosophie.

   Pour le tantrisme, Shiva/Shakti ne sont pas des pôles séparés, opposés, mais deux faces d’un tout unique. Cette représentation via des « divinités » rend compréhensible de façon simple et imagée la création de l’univers, son expansion, et de sa destruction. C’est un cours d’astrophysique accessible à tous. Si le corps est sexué, l’être humain, lui, est androgyne sur le plan de l’énergie  et sa dualité qu'il doit transcender est représentée par une polarité lunaire et solaire ;   le but du yoga est précisément d’utiliser celle-ci pour unir conscience et énergie dans le mille pétales afin de restaurer l’unité originelle. Le tantrisme ne réduit pas l’individu à son corps, envisagé comme un temple dans lequel l’alchimie est possible et qui reste un outil au-delà du genre.

 Vous avez dit Yin Yoga ????

 

Enfin, dans les mêmes années éclot un Yin Yoga : un pratiquant taoïste, Paulie Zink, avait eu l’idée de mêler arts martiaux et tai-chi à des postures de yoga : il invente alors ce qu’il appelle un Yang et Yin yoga, mélangeant le taoïsme et la philosophie indienne, mais à l'heure où chacun fait sa propre cuisine, son propre yoga, l'idée est chaleureusement accueillie. Certaines femmes se focalisent exclusivement sur le Yin Yoga, afin de célébrer leur féminin sacré.

 

Au fil du temps, de nombreux ouvrages sont publiés, ainsi que des jeux de Tarot, des grimoires magiques, et toute une panoplie d’objets pour honorer la lune. Des stages et des séminaires s’organisent animés par des femmes autoproclamées chamanes et coachs qui prétendent, via des pouvoirs acquis par une pratique magique, accroître ce potentiel chez leurs stagiaires …

Circé Waterhouse

Pourquoi ce féminin sacré ?

 

On peut sans doute comprendre les revendications de ces femmes soucieuses de s’affirmer face à un monde dominé par les hommes, dont la violence est parfois réelle puisqu’une femme sur 3 environ subit au cours de sa vie des violences physiques ou sexuelles de la part d’un homme, souvent un conjoint.  Mais dénaturer la notion de Shakti, de Yogini ou penser détenir un pouvoir magique grâce aux rituels lunaires ou au Yin yoga ne résoudra pas la violence qui règne dans notre monde ; elle risque même de provoquer un effet inverse : en excluant et en insistant sur le « genre » réduit à telle ou telle qualité, le clivage s’intensifie.  Tout cet ésotérisme n’apportera pas à ces femmes une émancipation véritable, et les acculera à un genre défini une fois pour toutes au lieu de leur donner les vrais outils de leur libération. 

 

Un exemple emprunté à l’art pour clore cet article : le cours de   Mia Frye dans les années 90 composé d’autant de garçons que de filles explorait des chorégraphies dans lesquelles les mouvements étaient autant féminins (ondulations, mouvements de bassin, de bras) que masculins (postures sur les mains, grande énergie physique, parfois presque violente). Et tout le monde s’appropriait cette énergie formidable, sans clivage. Le chorégraphe Maurice   Béjart lui-même l’a dit dans Boléro : un homme ou une femme peuvent danser cette œuvre, car le corps sexué ne compte pas. Seule l'énergie et l'intention donné au mouvement feront la différence.

 

 

 

  ,

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires