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13 décembre 2025 6 13 /12 /décembre /2025 10:16

Le yoga moderne, popularisé en Occident dès les années 60, a largement simplifié et adapté la philosophie indienne pour la rendre accessible à un public large, en privilégiant avant tout la dimension physique et psychologique. Et ce yoga a toujours bonne pressse aujourd'hui !

 

Comment cela s’est-il passé ?

 

 

Tout est parti d’une bonne intention, comme on le verra un peu plus bas, mais ce qui est sûr, c’est que les yogis indiens eux-mêmes ont vite compris qu’il y avait là une manne financière exceptionnelle, tel Maharishi Maesh Yogi, le guru des Beatles qui se rendirent à Rishikesh pour suivre des cours de méditation transcendantale en 1968. John Lennon et Ringo Starr flairent rapidement l’imposteur et plie bagage, suivi quelques temps plus tard par McCartney et Harrison lorsqu’ils apprirent que le yogi avait fait des avances à Mia Farrow qui était aussi du voyage avec sa sœur. Il en reste deux chansons, Sadie sexy et Dear Prudence.

Au pays de Galles où ils l’avaient rencontré, Paul McCartney avait été fasciné par la bonne humeur du personnage, et affirmait à qui voulait l’entendre qu’« il  suffisait de méditer une demi-heure le matin, et une demi-heure le soir pour être toujours de bonne humeur ! Et qu’en plus, grâce au mantra donné par le yogi, c’est facile car, dès qu’on se met à penser, on se dit « non, je ne pense pas » et hop, on retourne dans la méditation avec le mantra. Un jeu d’enfant ! Et on devient heureux tout le temps. »

 

Mandaté par son propre guru pour diffuser le yoga en Occident, Maharishi qui est doté des meilleures intentions du monde, comprend très vite qu’il doit l’adapter à un public occidental… il   vide le yoga d’une grande partie de sa philosophie, concentre la pratique sur les postures, et, au passage, prend soin de déposer la marque « méditation transcendantale ». Qu’est-ce que c’est ?  La méthode que vient de décrire Paul McCartney et qui consiste en la répétition d’un mantra que seul l’instructeur, moyennant finance, peut délivrer.

Il est indéniable que cette technique apaise et fait du bien, mais elle s’inscrit dans le cadre du développement personnel qui naît à ce moment-là, car le but recherché n’est pas la fusion avec le Tout, mais l’apaisement du mental et des émotions pour mieux gérer sa vie…

Dès lors on comprend que Deepak Chopra, le guru des stars américaines des années 80, formé par Maharishi lui-même qui est devenu une star entre temps, prendra le relai ; il ira même jusqu’à parler de «   médecine quantique » malgré les hurlements ou ricanements de la communauté scientifique, et écrira un livre sur le sujet, quitte à concéder des années plus tard « que c’était juste pour que ce soit vendeur… »

Mais pourquoi tout cela a-t-il si bien marché à l’époque ?

 

Tous ces courants s’inscrivent dans le contexte culturel de la guerre du Viet Nam qui a débuté en 1954 et ne s’achèvera que 20 ans plus tard avec la destitution du président Nixon.  

C’est à San Francisco, dans les années 60, que naît la contreculture, représenté par Alan Ginsberg et Jack Kerouac,

chefs de file de cette beat generation, qui sensibilise les jeunes à un autre mode d’existence que celui promut par les Etats-Unis :  – honneur, famille, patrie – On les appellera les « hippies ». Depuis une décennie déjà, la guerre enlève les oncle, père, frère, à ces jeunes qui savent que tôt ou tard, ils iront mourir à leur tour à des milliers de kilomètres des Etats-Unis, dans un conflit d’une violence extrême qu’ils ne comprennent pas. ( le What’s going on, 1971, de Marvin Gaye est l’une des nombreuses et extraordinaires chansons sur le sujet) Ces jeunes désirent aspirent à  un autre monde, avec d’autres valeurs, et il leur semble que ces nouvelles idées qui viennent d’Asie leur ouvrent la porte d’un nouvel art de vivre : paix, amour, vie en communauté, partage, art, spiritualité sont leurs maîtres mots. Et ce ne sont pas des paroles en l’air : une clinique gratuite - La Haight Ashbury Free Clinic (1967) - est ouvert à San Francisco, des repas gratuits sont distribués pour les plus démunis. D’autres Etats feront de même

Woodstock

 

Et justement, en 1969, le festival de Woodstock, « trois jours de musique et de paix » qui réunit 400 000 spectateurs au lieu des 50 000 attendus devient gratuit, car il est impossible de contrôler la foule qui envahit les champs loués par les agriculteurs au mois d’août aux organisateurs ; et pourtant, tout se passe dans la meilleure ambiance possible. Pour l’ouverture du festival, Swami Satchidananda, autre guru indien installé aux USA, incite les spectateurs à psalmodier le Om ; dans la foulée, des cours de yoga sont improvisés, ce qui marquera profondément les esprits.

 

Tandis que l’amour pour le yoga naît vraiment à ce moment-là aux Etats-Unis et va peu à peu se diffuser en occident à travers des ouvrages de vulgarisation du yoga qui gomment complètement sa dimension mystique, va naître en Angleterre porté par le courant New age, un nouveau concept qui a toujours aujourd’hui, beaucoup d’importance dans les cours de yoga.

 

 

Le concept de Gaia et la notion d’ancrage

 

 

Dans les années 70, le chimiste et biologique Lovelock suppose que la terre se comporte comme un organisme vivant capable d’autoréguler ses conditions physiques et chimiques pour maintenir la vie. Il nomme ce concept Gaïa en référence à l’une des premières divinités grecques qui naît après le chaos. L’idée fait mouche mais est rapidement récupérée par le courant New Age qui fait de Gaia une entité consciente, sacrée, maternelle, en un mot une énergie tellurique pure qui harmonisera l’être humain à sa planète. Bien sûr, Lovelock n’a jamais rien émis de tel, mais le concept de Gaia prend allègrement son envol, y compris dans le yoga, où va être créer la notion d’ancrage pourtant aux antipodes de la philosophie du yoga.

Une fois de plus, on passe de la vision mystique du yoga à une conception de développement personnelle à travers une idée farfelue mais poétique, qui donne l’impression aux doux rêveurs d’avoir une conscience écologique active.

 

 

Prenons un exemple concret : l’arbre, vrksasana : de nombreuses écoles vous parleront d’ancrage, du lien entre la terre et le ciel, de racines. ( article complet ici)

Ce qui n’existe absolument pas dans les écoles tantriques, bien au contraire. Dans ces écoles, le corps s’efface complètement dans cette posture pour ne laisser que la vibration à partir du cœur ; tout le reste disparaît, il ne reste qu’une pulsation, une vibration qui va suivant le savoir-faire des yogi être unie à  la conscience … pas d’ancrage, pas de racine, mais un accès à quelque chose qui dépasse largement l’individu pour l’englober dans quelque chose de plus vaste que lui et qui n’est ni du domaine de Gaia ou du   ciel, Ouranos… mais dépasse et englobe tout cela pour le fondre au Tout, de façon plus ou moins durable, là encore, suivant le savoir-faire des yogis.

 

Pour des pratiquants occasionnels, l’arbre sera l’occasion d’expérimenter le lâcher-prise, et grâce à l’équilibre et l’immobilité, de mettre en vibration de façon modeste mais réelle, le cakra du cœur. Ils sentiront que quelque chose d’indicible mais d’infini les habite réellement.

Tout cela est-il important ?

 

Non, absolument, on ne sait jamais où un chemin va nous conduire,  mais il est toujours utile de savoir pourquoi on fait les choses et dans quel courant de pensée on s’inscrit, comment celui-ci s’est formé au fil du temps,  et pourquoi, au bout d’un moment, tout le monde adopte  des idées qui ressemblent à des vérités, alors que tout n'est  que question de point de vue.

 

Un autre article sur l'arbre et la notion d'ancrage à lire ici

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