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Art Et Yoga

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 11:02
Moi à 44 ans

( photo 2006)

La pratique du yoga au fil du temps…comme maintenir tamas, rajas en harmonie et accueillir sattva.

 

 

Il est assez rare que l’on commence le yoga à 20 ans et si on le fait, la plupart du temps, c’est dans une recherche de souplesse avant tout.  Lorsque je m’y suis mise,sans m'encombrer de la philosophie du yoga,   je dansais depuis pas mal d’années. Levée à cinq heures du matin, j'enchainais les postures pendant  une heure. Le reste de mon entraînement consistait en une douzaine d’heures de pratique de la danse, une à deux heures de course à pied, et 2 fois  1 km  de crawl en piscine. Quel bonheur d'avoir toujours de l’énergie sans parler de l'euphorie que procurent tous les grands sauts, grands jetés,  les sauts cambré attitude arrière...

Un peu plus tard,  comme en parallèle, j’allais au dojo zen du 13ème arrondissement, j'ai eu envie de suivre une formation sérieuse de yoga. Comme rien de ce qui était proposé à Paris ne me plaisait, j’ai opté pour la formation de Tikhomiroff, qui correspondait bien à ma vision du yoga. J’ai alors découvert d’innombrables pranayama et les grands mudras.

J’ai continué à danser et sauter  pendant pas mal de temps et j'avais alors ma compagnie de danse, que je rejoignais en vélo, 13 km aller puis 13 km retour, pour deux heures de répétition intensive. Mais à 50 ans, ce fut mon dernier spectacle sur scène avec la compagnie. Par la suite, j’ai refait quelques passages en danse Odissi mais pour une chorégraphie, pas pour une heure et demie de spectacle complet.

 J’ai découvert à ce moment là ce que le  changement hormonal impose au  corps même si je n’ai eu aucun des  signes de la ménopause  sans doute grâce au yoga. Mais c’est tout de même  une première petite mort … quand on a dansé toute sa vie  sans se soucier de savoir si un jour l’énergie inépuisable ne serait plus là, ça fait un choc. Car c'est très brutal. En deux ans tout change.

Et c’est là qu’on est  heureux d’avoir pris le temps d’installer une pratique régulière de yoga.

Peu à peu, le corps perd de son élasticité, puis  l’endurance cardio passe progressivement de 220 pulsation minute à environ 170… il  faut apprendre à travailler autrement et renoncer aux chorégraphies longues qui emmènent le cœur au delà de ses possibilités. (Pour un calcul simple, on retire son âge de 225 pulsation, si on a 55 ans par exemple, il ne faut donc pas rester à  170 pulsations minutes ni dépasser ce point de repère sur un temps trop long, sinon le cœur s’épuise et peut conduire à une «  crise cardiaque ». )

 

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela aujourd’hui ?

(C'est la deuxième fois que je vous raconte ma vie cette année, ça ne va pas du tout!!!!)

Premièrement, parce que le yoga et sa pratique régulière aident réellement dans tous ces deuils successifs.  Ce sont des deuils. Des pertes progressives. On apprend tellement sur le tapis à écouter sa voix intérieure, à écouter sa vibration profonde, que l’observateur en nous regarde avec bienveillance toutes ces mues successives, et aide à trouver peu à peu le détachement. Beaucoup de gens vivent les transformations hormonales en prenant des hormones d’appoint ou toutes sortes de choses, sans écouter le corps lui-même, et en se mettant des œillères pour ne pas voir les choses trop directement en face. Le yoga est donc  vraiment précieux, à l’heure où l’image et la jeunesse sont omniprésentes dans nos sociétés. Le yoga apprend à vieillir et à l’accepter, mais sans baisser les bras. Au contraire, il accompagne  ce processus naturel et prépare peu à peu au rendez-vous avec la mort.

Deuxièmement, les asanas peuvent toujours être pratiquées avec la même intensité intérieure, même si le corps perd de sa souplesse et/ou de sa force. On ne fera plus les grandes flexions arrière comme à 20 ans, mais, installé dans une posture, on a tout le loisir  de continuer à  observer comment l’énergie et le mental s’unissent pendant la tenue des asanas. On observe aussi qu’on est de plus en plus à l’aise dans l’immobilité.

C’est que rajas qui domine l’enfance et la première partie de la vie de l’individu, - cela explique que les enfants sont toujours en train de sauter, de bouger, de s’agiter, et que le pire qu’on puisse leur infliger, c’est de les immobiliser sur une chaise 7 heures par jour, comme en France, à l’école ! - s’efface peu à peu pour laisser la place à tamas. Et c’est là que le yoga joue encore son rôle : ne pas laisser tamas endormir voir momifier le corps jusqu’à lui faire perdre la mobilité. Beaucoup de techniques permettent de garder l’équilibre entre les trois gunas. Ainsi, s’il est plus « difficile » de se mettre aux postures,  on est tout heureux d’entrer sans peine dans les longues pratiques méditatives grâce à ce coup de pouce de tamas, car rajas s’effaçant, il est à présent plus aisé de rester immobile, pour peu que l’on pratique le yoga depuis plusieurs années déjà, car il faut aussi que le mental ait été pacifié, sinon, on est immobile, mais le mental lui, saute comme un singe dans tous les sens !

Les mudras et le pranayama ne sont pas affectés par l’usure du corps. Puisque tout se joue sur le plan de l’énergie et que celle-ci est indépendante du corps physique.

Ainsi, le yoga permet de continuer sa route, malgré un corps physique qui vieillit peu à peu. Après, comme toujours, tout le monde est différent, sans doute certains garderont certaines facilités physiques, pour d’autres, ce sera plus difficile, c’est là tout l’héritage génétique ; si vos parents ont eu de l’arthrose, de l’ostéoporose, des problèmes de hanches ou de genoux, sans doute ne serez-vous pas épargner, mais là encore, le yoga ralentira le processus. Même chose pour le vieillisement oculaire.

 

Mais me direz-vous, on ne fait pas du yoga pour entretenir la jeunesse du corps ? Si ?

 

Je répondrai : comment voulez-vous continuer la pratique du yoga passé 60 ans si précisément le corps ne suit plus ? Donc, il est important de conserver le potentiel de ce corps physique. Bien sûr, on pourrait axer sa pratique uniquement sur les mudras, le pranayama et la méditation, c’est vrai. Mais puisque la possibilité est offerte de converser un corps en bon état, il serait dommage de renoncer aux asanas, ces pièges à énergie qui préparent si bien les mudras. La méditation, elle, amène ces états sattviques indescriptibles!

 

Enfin, cela explique pourquoi je n’aime pas ces idées de «  yoga pour les seniors », parce que cela est un concept occidental, une fois encore. Si on débute le yoga à 60 ans, bien sûr qu’il va falloir adapter beaucoup de choses, mais si on le pratique depuis dix, quinze ou 20 ans, voire plus, on continuera intelligemment sa pratique, le yoga est du yoga, et il n’y a pas plus de yoga de la femme enceinte, que de yoga senior.

Il y  l’union des trois corps pour aller vers le Soi.

 

Aujourd'hui, c'est plus dur pour le corps, mais pour le reste, mental et énergie, rien ne changent.

Aujourd'hui, c'est plus dur pour le corps, mais pour le reste, mental et énergie, rien ne changent.

Je ne résiste pas à mettre cette vidéo qui me rappelle l'ambiance des cours de danse d'autrefois, sauf que filles et garçons, nous dansions ensemble. Et l'énergie dansait avec nous!

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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 13:58

 

Cela semble curieux, à l’heure ou les blogs, sites et vidéos fleurissent joyeusement sous le doux soleil du printemps et qui présentent des pratiquants heureux  sur la plage, dans un champ de fleurs, sur une terrasse, souvent face au soleil  en train de faire leur yoga!

 

Mais suivant les écoles de yoga – et chacun doit trouver la bonne, n’est-ce pas, comme dit le vieux proverbe, il s’agit de trouver chaussure à son pied -  on peut aussi aller complètement à l’inverse de cette tendance, se mettre dans une toute petite pièce, avec une minuscule fenêtre dont on tirera le rideau,  ou bien fermer ses volets si la pièce est grande et faire sa pratique sans ouvrir les yeux pendant toute sa séance.

On enchaînera donc les postures, les mudras,  puis on fera du pranayama et on finira par la méditation, sans jamais relever ses paupières, que la séance dure une demi-heure ou trois heures. Cela veut dire avoir dégager suffisamment d'espace autour de soi, pour pouvoir faire les postures, s'asseoir, changer de position, sans se cogner dans les meubles ou autre. Cela veut dire aussi avoir à portée de main son coussin de méditation si vous en utilisez un. Et tout cela sans jamais UNE SEULE FOIS n'ouvrir les yeux!

 

Pour quoi ?

 

Et bien précisément, pour entrer plus profondément dans son intériorité et trouver sa lumière intérieure. Il est fort possible que les premières fois, vous soyez tenter de rouvrir les yeux, de regarder l’heure, ou de jeter un regard plein de regret sur les volets qui barrent la route au beau soleil du printemps.

Mais si vous persistez un peu, c’est à l’intérieur de vous que la lumière va se révéler, à tel point que parfois, vous aurez l’impression que quelqu’un a allumé un halogène puissant dans votre pièce de pratique.

Le yoga est plein de sons, de vibrations, et de lumières et cette façon de faire rend le pratiquant plus sensible à tous ces mouvements de l’énergie, jusqu’à basculer, peut être lors de la méditation dans le vide.

 

En procédant ainsi, vous serez à même d’observer beaucoup plus finement tout ce qui traversera votre séance – Notez bien que je ne dis pas «  tout ce qui se passera » car vous resterez ainsi l’observateur tranquille et bienveillant de votre pratique.

De plus, s'habituer à faire sa pratiques les yeux clos transforme en profondeur les repères de temps et d'espace... de belles découvertes à la clé, sans doute, avec de la persévérance!

 

Et au moment de rouvrir les yeux, vous serez tout étonné d’être là, dans ce monde qui semble tout à coup figé, (comme les jouets qui s’immobilisent sitôt que les enfants se réveillent) , alors qu’il dansait lorsque vous aviez les yeux fermés.

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 09:10
La kundalini : quelques points de repère

D’après Lilian Silburn, André Padoux, Tara Mickael, Christian Tikhomiroff

 

 

Kundanlini : ce mot vient du sanskrit Kundala qui désigne un bijou en forme d’anneaux (boucle d’oreille ou bracelet)  On dit qu’elle ressemble à un serpent qui repose à la base de la structure énergétique enroulée trois fois et demi sur elle-même, déversant tant qu’elle n’est pas éveillée son poison.

Le trésor de Kundalini est l’immortalité, d’où de nombreuses légendes sur le barratage par exemple de la mer de lait par les dieux pour l’obtenir, forçant le pauvre Siva à boire le poison qui est dans le même moment remué et menace de supprimer tout le monde ! Il en a gardé la gorge toute bleue !

Le serpent de connaissance et de sagesse, capable de passer du démon au divin – se retrouve dans de très nombreuses mythologies indiennes, Khmers ou autres sur le continent asiatique. Il suffit de se rappeler la légende du bouddha et du serpent aux quintuples capuchons qui après l’avoir menacé, le protège.

 

La Kundalini est l’énergie cosmique qui gît, latente, en chaque être humain. Elle ne peut véritablement surgir des profondeurs pour s’éveiller totalement, que dans le contexte d’une vie mystique, intense, ou graduellement les trois voies ont été atteintes puis traversées. La plupart du temps, elle dort, et tout le monde avec, mais à défaut de pouvoir l’éveiller totalement, on peut l’éveiller en partie : c’est déjà un immense bonheur ! Le hatha yoga est l’une des voies, mais ce n’est pas la seule.

 

Kundalini est  une énergie consciente qui a deux aspects :

Pranique, elle anime et régit la vie de tout ce qui vit.

Sous son aspect virya,  son énergie est d’une intensité indicible.

Ces deux aspects émanent eux mêmes de la vitalité profonde, Ojas, l’une des triades propres au système trika par exemple. L’énergie virya se retrouve dans toutes les ferveurs, qu’elles soient amoureuses, artistiques, ou mystiques. Pour traduire ce terme, il faut recourir à plusieurs mots : effort, enthousiasme, diligence, intensité. Virya est tout cela à la fois.

 

Dans le Kundalini Yoga, le but ultime est d’éveiller cette énergie ; mais que l’on ne s’y méprenne pas : on a fort peu de chance en tant que modeste pratiquant d’y parvenir. Les yogis qui consacrent leur vie à cette quête n’y parviennent d’ailleurs pas tous ; c’est dire que la belle endormie ne se laisse pas si facilement réveiller ! D’autant qu’elle ne se manifestera que si la pensée s’est évanouie et  le cœur devenu pure vibration.

D’après Lilian Silburn,  une vie mystique, vibrante, toute entière tournée vers cette quête, doit aussi prendre en compte le principe de la Grâce. Elle aurait souhaité développé beaucoup ce sujet dans son dernier ouvrage qui concerne  le Tantraloka d’Abhinavagupta, mais est partie avant d’avoir entièrement terminé ce dernier projet, que André Padoux, un proche de Lilian, a achevé à sa place, sans savoir ce que Lilian Silburn avait dans la tête, et renonçant donc à s’exprimer sur cette question.

 

La kundalini : quelques points de repère

La littérature actuelle pullule de récits d’éveils spontanés, faisant croire que cela n’est pas du tout réservé  à une petite élite.  Notre monde actuel préfére aujourd’hui l’effet à l’effort – en ce sens, il va en courant contraire de l’énergie Virya !-  Ces textes  d’éveil spontané qui décrivent des mondes merveilleux trouvent nombres de lecteurs complaisants persuadés qu’il existe des recettes toutes faites pour éveiller kundalini, notamment par des pratiques sexuelles.  Si tel était le cas, notre monde serait un vrai paradis, car les plus belles qualités d’amour, de lumière et de conscience seraient merveilleusement répandus et nous baignerons tous dans des vibrations subtiles et légères.  

Hors il n’en est rien : la plupart du temps, les récits  de  « bonne volonté » prouvent simplement qu’il n’y a bien eu un éveil, mais un éveil partiel, car le véritable éveillé qui a transcendé ce monde n’a cure d’en faire un récit : à ce stade, les énergies du yogi s’étendent à l’univers entier… et il utilisera cette puissance sans que personne ne le sache, répandant sa lumière  sans en faire de publicité.

 

Le yoga de la Kundalini, sans même conduire jusqu’à  l’éveil de celle-ci, permet cependant bien souvent d’éveiller un peu les plus belles qualités de lumière et de cœur. Ce yoga permet aussi de découvrir les différentes voies et de passer d’une voie à une autre et parfois aussi de tâter de la troisième lorsque l’intuition mystique commence à s’éveiller un peu. Sans éveiller complètement Kundalini, le terrain est préparé, déblayé, purifié, permettant au pratiquant de goûter bien des joies.  Car Ananda est l’essence même de Shiva…

Les trois voies sont :  

La voie de l’individu : c’est le stade premier, celui dans lequel l’individu utilise sa volonté pour faire les choses, souvent avec difficulté ; mais si l’enthousiasme est là, tôt ou tard, il sentira la voie de l’énergie se manifester de temps à autre et peut-être même un jour se trouvera-t-il entièrement portée par elle…

Dans la  voie de l’énergie,  qui est le deuxième stade, celle-ci prend le relai, et l’individu conjugue ses efforts à l’Energie qui vibre à présent si intensément, que celle-ci  à un moment donné agit à présent d’elle-même et «  fait  faire » à l’individu ; dans une pratique régulière de yoga, il n’est pas rare que l’on passe sans arrêt de l’une à l’autre des deux voies. Le jour où l’on prend conscience que  « le faire se fait sans qu’on fasse tout en faisant »  tandis que le mental s’est tu, est déjà d’une très grande jouissance.

La troisième voie,  voie de Siva, est  la voie divine où la volonté personnelle s’est coulée dans la volonté divine : à ce stade, il y a eu fusion totale et éveil total de Kundalini.

Mais, même sans atteindre cette troisième voie, il n’est pas rare là aussi que le pratiquant sente de temps à autre cette voie se manifester  et s’ouvrir à lui dans sa pratique ou sa vie quotidienne ; c’est souvent fugace, toujours instable, mais juste magique.  

 

 « Concrètement », on peut dire que Kundalini  qui est vibration, déploie l’univers en ondes successives,  des plus subtils au plus grossières  (ce qui est décrit dans un texte comme le Samkhya par exemple) ; avec l’éveil, la résorption se fait en sens inverse. C’est en se tenant au point d’équilibre des deux courants opposés que la dualité s’évanouit véritablement.

 

 

Kundalini, lovée dans le cakra de la base,  ne donne à l’individu que ce qu’il lui faut chaque jour pour mener sa vie de pashu, c'est-à-dire d’individu asservi faisant partie du troupeau.

 

Quand elle s’éveille, elle monte de centre en centre, par le canal central. Encore faut-il que tout soit bien préparé, que le pratiquant ait correctement préparé Sushumna et purifié les principaux centres que sont les cakras. Il faut que la structure énergétique soit solide, et prête à cette ascension fulgurante.

Si par malheur celle-ci n’a pas été correctement préparée, et que l’apprenti-sorcier-yogi arrive tout de même à la réveiller, elle va se dresser mais ne pouvant être dirigée vers le canal central, elle brisera anarchiquement toute la structure énergétique, y causant des dommages irréparables aussi bien sur le plan psychique et mental que physique. 

 

 

La kundalini : quelques points de repère

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 09:12

 

 

 

Cet article n'a pour but que de donner quelques clés sur l'un des textes de yoga qui peut accompagner une pratique régulière toute une vie.  D'autres articles de ce type sur d'autres textes suivront.

L'étude complète de ce texte est commentée  dans les séries 5 et 6   des   cours par correspondance  que je propose.

 

upanishads-du-yoga-jean-varenne.jpg

La Kundalini Upanishad

 

 

L’upanisad qui porte ce nom est la réunion de trois textes très différents dont seul le premier correspond au titre de l’œuvre.   

Il existe deux traductions en français, l’une de Jean Varenne (1971) et une autre de Martine Buttex, publiée dans un énorme ouvrage qui réunit 108 upanishad.  Elles étaient autrefois en ligne ; elles en le sont malheureusement plus aujourd’hui.

Il est intéressant de lire les deux traductions qui présentent des variantes.

 

Le but que propose cet Upanisad est d’atteindre le Samaddhi, état béatifique dans lequel Shiva (la conscience) et Shakti (l’énergie) sont unies. Shakti étant bien sûr Kundalini, ce mystérieux serpent lové à la base de la colonne vertébrale après qu’elle ait fini son travail de création et qui s’en ira à notre mort en emportant tout car les cakras disséminés le long de la colonne vertébrale seront percés les uns après les autres, le tout bien sûr en un instant fulgurant.

 

Ce texte donne donc les moyens de l’éveiller Avant la mort en utilisant le souffle,  pranayama, qui est la technique la plus importante. C’est par la maîtrise de la rétention que celui-ci peut faire le travail d’éveil.

 

Comme toujours, le texte est obscur volontairement afin que seul les initiés, les pratiquants puissent l’utiliser comme un aide mémoire plutôt que comme un guide que l’on suit à la lettre. Il y a toujours une volonté de rendre les textes flous car la transmission était, dans ces temps reculés, orale, de maître à élève  après que celui-ci ait été accepté. Le secret sur cette transmission était souvent absolu ; des textes ont toutefois été écrits mais de façon  sibylline  pour que le secret reste total.

 

Ce texte décrit sommairement les pratiques nécessaires à la réussite de Samaddhi ; elle rappelle les étapes préliminaires, comment raffermir Saraswati – autre nom de la Sushumna– décrit quatre types de respiration, puis  les bandhas. Puis elle parle des obstacles à la réalisation de ce programme. Elle évoque aussi la montée de Kundalini – qui vient du sanskrit Kundala qui veut dire bracelet, boucle d’oreille, à cause de ses triples boucles et demi  - dans le canal central jusqu’aux mille pétales où elle s’unit à Shiva. Tout le travail qu’on fait en yoga n’est au final qu’un travail préparatoire pour cette union (qui pour la plupart ne se réalise en fait jamais…)

 

 

L’essentiel du texte avec les slokas correspondants :

 

 

C’est le souffle qui active l’ensemble des souvenirs hérités, c’est le souffle qui peut tout changer, c’est ce qui est dit dès les deux premiers slokas et tout le travail du pranayama va être de purifier l’ensemble de ces contenus hérités pour préparer le travail suivant

 

1 : Les deux causes par lesquelles l’esprit fonctionne ou ne fonctionne pas sont d’une part l’ensemble des souvenirs hérités (le karma) et d’autre part l’air qu’on inhale et exhale inconsciemment.

 

2 : Si l’une de ces causes disparaît, toutes deux deviennent automatiquement inopérantes. Il faut donc veiller au «  bon fonctionnement » des deux mais surtout s’efforcer de maîtriser la respiration.

Ce travail suivant, c’est, bien avant de songer à éveiller Kundalini, d’affermir Sarasvatî, c'est-à-dire de préparer Sushumna qui est le canal central dans la structure énergétique, le long de laquelle se trouvent tous les cakras.

 

8 : Si l’on veut réussir cela il faut affermir la Sarasvatî par où montera l’Energie lovée et s’exercer à la tenue du souffle, l’éveil de la Shakti est à ce prix.

 

 

Les Sloka suivants décrivent le travail à faire sur les canaux latéraux Ida et Pingala  pour préparer Sushumnâ – technique de pranayama comme Nadishodana.

C’est la raison pour laquelle on met ce souffle au programme des débutants, car son apprentissage, lorsque l’on est simple pratiquant, est long et difficile. Mais sans lui, il est vain de vouloir viser autre chose. Et on laisse ce souffle longtemps au programme, tant que les canaux ida et pingala ont besoin d'être purifié. Si on pratique une fois par semaine, on le fera donc toute sa vie...

Dans l’idéal d'une recherche de samadhi, il faudrait le pratiquer trois fois trois ghatika au matin, à midi, et la nuit pendant trois mois, soit trois fois 25 minutes fois 3  par jour environ, c'est à dire pendant quatre heures environ. En plus du reste.

On obtient peu à peu la purification que promet ce souffe en le travaillant régulièrement pendant des220px-Sapta Chakra, 1899 mois

Puis le texte dit qu’il faut déjà conduire la Shakti à l’orifice de Sushumna avant de songer à la faire monter. Et là, les techniques pour y parvenir vont être décrites.

A cela s’ajoute le travail sur la triple contraction : gorge, ventre et anus : les trois Bandhas afin que les souffles vitaux ne se dispersent pas n’importe comment

Ces souffles sont les cinq vayus, localisés dans des centres énergétiques et qui régulent différents types d’activités et d’énergie – Prana, Udana, Samana, apana, Vyana

 

Au Sloka 17, un point de repère est donné : l’affermissement de la Sarasvatî s’accompagne de l’audition du son intérieur ; le pratiquant sait donc que lorsqu’il entend un son intérieur en continu qui varie de puissance et peut s’effacer mais s’intensifie dès qu’il pratique, c’est que le travail d’affermissement a commencé :

 

17 : L’affermissement de la Sarasvatî s’accompagne toujours de l’audition du Son primordial et guérit le Yogin.

 

 

Pourquoi la Sushumna ? Parce que c’est la seule qui peut supporter cette montée sans que tout ne soit immédiatement détruit sur le passage de la Kundalini. Elle est faite pour ce passage, et reste vide et creuse avant.

 

Au Sloka suivant jusqu’au 21, sont expliqués qu’il faut combiner différents souffles entre eux dans le calice ( c’est l’endroit où s’effectue la rétention) ; commence le long et minutieux travail de rétention des souffles, dont la visée n’est pas la performance mais un travail d’alchimiste : changer la fréquence vibratoire de toute la structure énergétique, toujours dans le but de préparer Sushumna

Les souffles cités sont :

Le Bhastrika, Shitali, Ujjâyin, et Surya Bedhana peuvent être envisagés avec de longues rétentions seulement après que Sushumna soit préparée

 

 

Puis après cette description au langage caché comme toujours dans ces textes, suit des Sloka très importants :

 

40 : A ces modes de contrôle du souffle

 

41 : Il est bon d’associer les trois contractions musculaires de la base, du volant et du porteur des lacs.

 

42 : La contraction de la base oblige l’Apâna à inverser son mouvement, grâce à une contraction de l’anus.

Les consignes sont claires : faire des souffles ne suffit pas, si les trois contractions ne sont pas ajoutées. On les connaît, ce sont les trois " verrous", les trois bandhas, sans lesquels il est vain de faire de yoga : mulabandha, jalandhara bandha et uddyana bandha : base, ventre, gorge.

Afin, une fois encore d’obliger les vayus à s’unifier ; sans cette pratique et cette maîtrise, éveiller Shakti est possible mais  le résultat totalement illusoire car rien ne sera ni maîtrisé ni contrôlé. Ele s'éveillera peut être mais dans le chaos et le désordre le plus total.

 

 

On comprend là aussi tout le travail à faire sur les vayus qui règlent le corps énergétique.

 

Vient ensuite la description de la montée de Kundalini au Sloka suivant :

 

43 : L’apâna au lieu de descendre, monte et atteint l’endroit où brille le feu intérieur l’amenant à grandir et à s’accroître.

 

44 : Alors, le feu ainsi attisé, uni à l’apana au cours inversé, parvient là où gît le souffle intérieur ; Il s’enflamme et embrase le corps tout entier.

 

45 : L’énergie-lovée, réchauffée par le feu ainsi allumé par le souffle, s’éveille et se dresse en sifflant comme un serpent qu’agace le bâton du charmeur ; elle entre alors dans la Sushumna par son orifice inférieur

 PE013 circulation-prana

 

Dans les slokas suivants – 48 à 50 - des postures sont conseillés pour accompagner cette montée : la posture de la foudre, qui peut être précédée de la posture de la pince, pashimottanasana - à condition de ne pas faire monter Kundalini plus haut que le ventre, car il convient ensuite pour qu’elle continue son ascension à prendre une posture assise

On voit à quel point ces textes s’adressent à des yogis aguerris et pas à de petits apprentis sorciers

Pour le pratiquant plus modeste, ce texte donne des points de repère essentiels pour comprendre sa pratique en profondeur et donner du sens à ce qu’il fait


Puis des souffles à faire ; c’est un véritable «  mode d’emploi » mais bien évidemment incomplet (46 à 55 -

Dans les Sloka suivant,  -56 à 60 - il y a une énumération qui montre tous les obstacles à cette réalisation ;  cela va du manque de fois au manque d’énergie, de volonté, à la dispersion, à l’attachement encore à ce monde.

 

Les Sloka suivant (61 à 69) la montée est décrite, ainsi que le percement des trois granti : Brahma granti, (animalité) Vishnou granti (personnalité) et Rudra granti (conscience)

 

Là, l’ascension n’est pas finie : Shakti boit l’Amrita avant de finir sa course

 

73 : Libre de tout appétit sensuel, ferme en son yoga, l’adepte concentrant son attention sur cela absorbe alors cette ambroisie comme un sacrifiant boit le soma et par là s’établit à jamais dans la conscience

 

Puis, dernière étape pour Kundalini, atteindre le mille pétale ce que décrivent les slokas 74 et suivant

 

Le texte reviendra une fois encore sur cette description comme en concentré et concluera  de façon sublime puisqu’elle montre que l’homme peut échapper à sa condition de Pashu, c'est à dire faisant partie du troupeau. Le troupeau signifiant qu'il suit le mouvement, sans pouvoir rien faire pour allumer ne serait ce qu'une petite lumière pour éclairer sa vie. Il la vit dans un état de nuit totale, ligoté corps et âme par ses granthis, ses vies antérieures, ses conditionnements, son éducation, la société dans laquelle il vit, son héritage génétique, ainsi de suite, sans rien pouvoir faire du tout...

Même si un sur 100000 seulement atteint cet état, ce possible est dans chaque être humain, qui, par un travail sur ses énergies via le yoga ou tout autre outil de son choix, peut cheminer sur un chemin tout autre que celui du conditionnement et de la lente déchéance du corps vers la mort et la maladie. Chaque être humain porte en soi sa part magique et sa part divine ; il ne tient qu’à lui de l’éveiller, mais rien qu’un tout petit peu, pour donner saveur et conscience à son petit tour sur terre et se rappeler son origine divine.

 

74 :L’énergie lovée monte ensuite jusqu’au centre aux mille pétales, elle abandonne alors les huit éléments, l’eau, la terre, l’air, le feu, l’espace, la pensée, l’intelligence, l’ego. S’emparant de la lumière, de la pensée et du souffle, les tenant étroitement embrassés, elle atteint la conscience (Shiva) ; s’emparant enfin de Shiva lui-même, elle se dissout dans le cakra aux mille pétales !

 

75 : alors, à cet instant même, les deux principes fondamentaux de l’individu, l’activité et la lumière se dissolvent à leur tour en Shiva ; se dissolvent aussi les deux formes du souffle vital,  l’inspiration et l’expiration qui ont atteint leur point d’équilibre. Le yogi soudain  devient gigantesque cependant que s’amenuisent en lui les éléments de la personnalité ainsi que la pensée et la faculté de parler.

 

76 : Les souffles s’agitent en tous sens, comme l’or en fusion dans le creuset de l’alchimiste. Le corps grossier se mue enfin en sa forme divine.

 

77 : Débarrassé de toutes entraves, délivrées de l’état de stupeur où le maintenait sa condition captive, le corps subtil resplendit.

 

78 : Il est fait de pure conscience, il est l’essence même de la personne puisqu’il n’est autre que le Soi présent dans tous les êtres.

 

79 : C’est là, dit on, la véritable délivrance qui libère du karma et du temps, apparences pIndeSerpents3.JPGareilles à l’illusion qui fait prendre une corde pour un serpent.

 

 

Afin de bien   comprendre cette fin de texte, il faut être familier avec la philosophie du Samkhya qui considère  l’ego, l’intelligence, la pensée comme des outils au même titre que les sens  qui sont littéralement "abandonnés" avec l’éveil de Kundalini. C'est à dire que la personnalité toute entière est anéantie, elle disparaît.

Tous ces éléments figurent au rang des tattvas.

 

Le texte dit aussi clairement que le Soi est dans chaque être humain, tous sans exception

Autrement dit, une part divine est en chacun des êtres vivants

 

87 c’est cela la vraie délivrance, par elle on échappe au karma et l’on connaît la béatitude !

 

 

 

Le mot de la fin :

 

Ce mode d'emploi en abrégé de l'éveil de Kundalini et que l'on peut trouver en ligne avec les commentaires de Martine Bultex ( traduit de l'anglais)  ouvre la porte sur le merveilleux

Il n'est bien sûr pas question pour l'homme ordinaire de pouvoir réaliser ce programme mais s'il peut déjà éveiller un peu la belle Kundalini endormie dans le premier cakra, il verra sa vie se transformer complètement. 

D'autres parts, ce texte qu'on peut avoir sous la main lors de ses propres pratiques, est à lire et relire jusqu'à le connaître par coeur, parce que ce sont ces textes là, précisément, qui donnent tout leur sens à une pratique personnelle : on comprend pourquoi il faut sans relâche travailler sur ida et pingala, affermir la sushumna, la chauffer, la préparer, faire les verrous, maîtriser les souffles, pourquoi pashimottanasana vient toujours dans les premières postures...

 

Je vous laisse méditer sur ce texte donc voici le lien: 

http://www.lesconfins.com/YogaKundaliniUpanishad.pdf

Vous pourrez télécharger et imprimer le texte pour l'avoir sous la main

 

Ou bien vous procurer celle de Jean Varenne comme l'image ci dessus, traduite du sanskrit et non de l'anglais par lui même

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